À propos des intemitents du spectacle

Août 2003
Les Francofolies de La Rochelle ont été annuléeà la suite de la grève des intermitents

Après les mouvements sociaux du mois de mai-juin 2003 concernant la reforme des retraites des fonctionnaires, s'est enchainé les revendications catégorielles des intermitents du spectacle. Le "vilain" gouvernement Raffarin avec à ses cotés le "méchant" syndicat patronal MEDEF a souhaité réformer le régime d'indemnisation chômage des intermitents du spectacle (à coté ce que nous fait quotidiennement Sarkozy depuis son élection en tant que PDG de la France, ce qui s'est passé à l'époque passe pour de la rigolade comparativement). Mais pour quelles raisons le gouvernement RAFFARIN a t il voulu cette réforme ?

Tout d'abord, il faut savoir que déjà le gouvernement JOSPIN avait été interpellé par les intermitents dès juillet 2001 montrant que la putréfaction du dossier était bien avancée depuis au moins l'année 2000. Nous avions d'ailleurs été contacté par e-mail par un certain Jérôme B. le 17 avril 2002 à la veille du premier tour des élections présidentielles pour signer une petition de soutien aux intermitents (sollicitation que nous avions repoussé avec fermeté). Cette pétition devant être remise au ministre de la culture du gouvernement Jospin. La suite tout le monde la connait, Lionel JOSPIN s'est fait griller par JM Le PEN, ah que c'est ballot!

Ce n'est pas un scoop que de vous révéler que la majorité du milieu du spectacle penche à gauche (comme les journalistes d'ailleurs). Autant, il peut être délicat d'affronter des "amis" du même camp, autant le gouvernement Raffarin qui est bien positionné à droite est une belle aubaine pour un affrontement politique musclé et donc médiatisable et sacageant au passage quelques festivals d'été.

Il faut savoir que les intermitents bénéficient (comme les dockers) d'un régime spécifique d'assurance chômage qui leur permet de toucher des indemmnités de chômage en contrepartie d'une durée de cotisation annuelle nettement réduite par rapport au régime général. Dit autrement, pour toucher le chômage plein pot,  un intermitent a moins d'heures à faire que le pauvre employé qui achalade les rayons d'un hypermarché.
Protection pour ne pas dire privilège qui pourrait au pire susciter de l'indifférence si le régime spécifique des intermitents était budgétairement équilibré. Or, ce n'est évidemment pas le cas. En effet, au lieu que ce soit les employeurs des intermitents qui assurent l'équlibre du régime spécifique, ceux ci se défaussent afin de ne pas pénaliser "la création française" C'est donc le régime général qui paye la facture. Le pauvre employé qui achalande les rayons d'un hypermarché se sera aussi "ravi" d'apprendre que la moitié du déficit du régime d'assurance chômage, pour lequel il cotise consiencieusement, a pour origine la ponction du régime des intermitents.

Vous me direz, il n'a qu'à être intermitent. Bonne idée, d'ailleurs d'autres l'ont déjà précédé et le nombre d'intermitents a doublé (voire triplé) en l'espace de 10 ans, explosion des effectifs qui ne correspond pas à une augmentation semblables des activités de production. Ce qui prouve que le gateau est intéressant !

Par ailleurs, le travail au noir (non déclaré) est un "sport national" en France (à faire presque pâlir d'envie nos voisins transalpins). Il serait naïf de croire que le travail au noir n'existe pas dans cette branche professionelle. Les missions sont de courtes durées,  très nombreuses, et souvent itinérantes. Ce qui rend les contrôles fiscaux ou par les URSAFF très difficiles. Un employeur de connivence avec son employé peut, à l'issue de son "quota" des 507 heures de cotisation chômage, se faire payer de la main à la main tout en continuant à toucher son chômage. On comprend pourquoi le gouvernement Raffarin souhaite intensifier ces contrôles.

Le gouvernement a aussi sa part de responsabilité en employant abusivement depuis de années, un trop grand nombre d'intermitents du spectacle. France Télévision est le premier employeur d'intermitents de France et c'est quand même l'État qui a la main dessus. Comme si la télévision nationale était une activité irrégulière justifiant cette embauche démesurée !
Je reprendrais, un slogan cher à la CGT : "Non la précarité !". À propos de cette précarité, la FNSAC CGT a été fort discrète à ce sujet. Un emploi d'intermitent précaire serait il plus avantageux qu'un emploi stable en CDI au régime général ?
Dans l'affirmative (hautement probable), on comprend pourquoi un tel acharnement à défendre un régime spécifique. Il y a des gens dans ce pays du haut de leur scène nous donne une curieuse conception de l'égalité et de la solidarité des classes ! En conclusion, le régime des intermittents a certes été réformé mais des aménagements très intéressants ont au final été négocié. Quelques années après, on s'aperçoit que l'extermination massive des intermitents tant prédite, n'a pas eu lieu.

Note :
En 11 ans d'existence, CTV été contacté à deux reprises par des intemitents probablement en mal leur quota d'heures. Ils se détournèrent bien vite de nous dès qu'ils s'apercevèrent que notre budget annuel n'excédant pas les 3000 petits euros notre association ne pouvait pas se "payer le luxe" de salarier un personnel à plein temps. Faut pas rêver !

Voici l'e-mail que nous avons reçu le 17 avril 2002...
Objet: 
  Date: 
       Wed, 17 Apr 2002 22:08:57 +0200
   De: 
       Jérôme B (adresse enlevée par CTV)
     A: 
       <Undisclosed-Recipient:;@club-internet.fr>
 
 
 

> Objet : Petition Intermittent

> déclaration de Denis Kessler (vice président du MEDEF) du 
29 octobre:



> "Les intermittents bénéficient de dérogations totalement 
exorbitantes du


> droit commun et nous avons demandé à l'UNEDIC de faire un 
état des lieux


> afin de pouvoir procéder aux ajustements nécessaires."


> Instructif non?!!!
>

> Quand on sait que si les annexes 8 et 10 sont supprimés , 
la convention


> actuelle étant caduque, plus de la moitié des 
intermittents ne seront plus


> indemnisés, il y a de quoi se faire du souci ...



> Voilà le texte de la pétition :



> Nous soutenons l'action engagée par les intermittents du 
spectacle pour la


> pérennité de leur régime spécifique ASSEDIC car depuis le 
1er juillet 2001


> plus aucune réglementation ne leur est applicable.


> Si rien n'est fait par l'actuel Gouvernement les annexe 8 
& 10 de


> l'assurance chômage vont disparaître.


> Pourtant un accord conclu le 15 juin 2000 entre les 
partenaires sociaux de


> la branche représentative existe, en parfaite conformité 
avec l'arrêt du


> Conseil d'état du 11 juillet 2001, n'est toujours pas 
agréé par le


> gouvernement.


> Le 23 juillet 2001, suite à une forte mobilisation des 
intermittents du


> spectacle en Avignon, le 1er Ministre a adresse un 
courrier a la Fédération


> du spectacle CGT ( FNSAC CGT ) dans laquelle il 
rappelle : "Pour ma part, je


> tiens à vous rappeler l'attachement du Gouvernement à la


> pérennité de ce régime particulier, nécessaire au 
dynamisme et a la richesse


> de la vie artistique de notre pays." Ce manque de courage 
politique de


> l'actuel Gouvernement convient

>
> parfaitement au MEDEF et à ses "allies":


> SUPPRIMER PUREMENT ET SIMPLEMENT LES INTERMITTENTS DU 
SPECTACLE.


> Que restera-t-il alors du dynamisme et de la richesse 
culturelle de notre


> pays (fête de village, spectacle, création théâtrale et 
musicale,...)


> En signant cette pétition je demande au gouvernement de 
confirmer ses


> engagements par l'agrément des accords du 15 juin 2000, 
en conformité avec


> l'arrêt du Conseil d'état du 11 juillet 2001.